Tribune libre : Il est temps que l’opposition qui parle agisse enfin

Chaque nouvelle déclaration de l’opposition gabonaise raisonne comme une invitation à la résistance. Théoriquement, les leaders de l’opposition n’ont jamais été autant en phase avec la population, qui, dans son immense majorité veut en découdre avec le régime de Monsieur Ali Bongo Ondimba.  Malheureusement, si les paroles sont abondantes, les actions font souvent défaut. Monsieur Ali Bongo Ondimba n’entend pas ce discours , son mutisme est cyniquement insultant , il marche sur la Constitution de la République depuis sept ans et il est prêt à marcher sur nos corps pour se maintenir au pouvoir.

En écoutant la dernière déclaration de la coalition des partis et des personnalités politiques de l’opposition gabonaise, nous sommes restés sur notre faim. A notre grande surprise, les membres de l’opposition gabonaise semblent étonnés par la partialité de la Commission Électorale Nationale Autonome et Permanente (CENAP). Or, cette administration est à l’image de toutes les institutions gabonaises.

Comment penser un instant que la CENAP pourrait être autonome ou  indépendante du pouvoir central ?

A entendre cette opposition” résolument unie “, nous avons l’impression qu’elle découvre la dérive autoritaire du pouvoir de Libreville. Comme Monsieur Michel Menga, nous sommes surpris de voir ces leaders s’étonner du déroulement antidémocratique de la dernière Assemblée plénière de la CENAP. De surcroît, nous ne comprenons pas, pourquoi les représentants de l’opposition à cette commission ont accepté de soumettre au vote une question résolument administrative tenant à l’examen d’un dossier de candidature dont les pièces sont limitativement prévues par la loi électorale. Notre incompréhension est peut-être due à notre méconnaissance des arcanes de l’instance dirigée par le Magistrat Réné Aboghe Ella.

Magistrat , une noble profession !!!

Sous d’autres cieux , les Magistrats incarnent l’autorité , ils inspirent le respect et l’admiration. Mais au Gabon, ils sont devenus la risée de la cité à cause des brebis galeuses comme Monsieur Réné Aboghe Ella. En France et en Italie par exemple, des Magistrats ont été traqués dans l’exercice de leur fonction. Leur seul crime aurait été le fait d’avoir exercé correctement leur métier, à savoir, dire tout simplement le droit. C’est ainsi que la Magistrate qui a instruit la célèbre affaire ELF s’est exclamée en ces termes : ” En faisant simplement mon métier, j’ai été menacée de mort. J’ai avancé sous la surveillance des officines et des services secrets , soumise à une pression que je n’aurais jamais imaginée possible : j’ai été vilipendée et accusée de méfaits. Comme si le danger était du côté de la justice.” (Eva Joly). Si nous sommes convaincus qu’au Gabon, des Magistrats comme Madame Eva Joly font encore la fierté de leur profession, il n’en demeure pas moins que l’immense majorité des juges gabonais sont à l’image de Monsieur Réné Aboghe Ella. Ces Magistrats , ne sont que le produit d’un système qui a fait de la justice le bras armé d’une oligarchie au pouvoir pour ses propres intérêts. Selon l’écrivain Walter SCOTT, “L’argent a plus tué d’âmes que le fer n’a tué de corps.” On comprend aisément l’impérieuse nécessité de protéger notre justice contre ce fléau ; en mettant nos Magistrats à l’abri de la peur et à l’abri du besoin.

Mesdames, Messieurs, certains d’entre vous ont fait d’Ali Bongo ce qu’il est devenu , cet homme est le produit du système, il sait plus que quiconque que le système se nourrit de nos craintes et de nos divisions.

Sans vouloir donner des leçons à qui que ce soit, nous constatons simplement que les paroles s’envolent avec effervescence lorsqu’il s’agit de se plaindre après un fait d’arme posé par le camp adverse , mais les actions concrètes pour prévenir ce fait d’arme sont rares . Toute chose ici-bas se règle par l’action, non par le chagrin, nous enseigne le sage Lao Tseu. Nos problèmes , tous nos problèmes ont été créés par l’homme et nous pouvons donc les résoudre. Nos possibilités ne connaissent pas de limites. Aucun problème humain ne va au-délà de nos capacités. Au crépuscule de son long règne, Omar Bongo Ondimba lui-même l’a reconnu en déclarant que : “Dieu ne nous a pas donné le droit de faire du Gabon ce que nous avons  fait.”

Mesdames, Messieurs, dans chacune de vos déclarations , vous demandez au peuple de prendre ses responsabilités.

Il est clair que nous devons tous, prendre nos responsabilités. Cependant , vous savez pertinemment qu’aucune révolution n’est partie du peuple,  et de surcroit d’un peuple non organisé avec un déficit de conscience politique . Mesdames , Messieurs, Nelson Mandela disait qu’un leader qui, sans affuter ses armes, envoie son peuple au combat est un criminel. Vos armes sont les mêmes depuis des années , vos réactions sont inopérantes parce qu’elles interviennent après le décès du malade. Malgré toutes vos nobles déclarations , en l’absence d’un véritable rapport de force , vous prêchez dans un désert et vous nous conduisez tous à l’abattoir.

Mesdames , Messieurs, l’argent est le nerf de la guerre et nous savons tous que vous en avez autant qu’Ali Bongo Ondimba. Au lieu de continuer sur cette voie sans issue, s’il vous plait unissez-vous , nous n’avons qu’un seul angle de tire , et nous ne pouvons pas nous permettre un échec. Pour nous autres jeunes gabonais, nous nous sommes engagés dans ce combat pour nous-mêmes, pour notre pays , pour nos enfants. Nous sommes des cabris morts et comme l’a écrit l’écrivain gabonais Franck Bernard MVE ,” Un cabri mort , n’a plus peur du couteau.”

Mesdames, Messieurs, s’unir le temps d’une déclaration sans lendemain, n’intéresse plus les petits gabonais que nous sommes. Unissez-vous sincèrement, rassemblons ce qui est épars , il est temps de désigner parmi vous une figure tutélaire qui va incarner notre lutte. Toutes les luttes ont un visage charismatique : Thomas Sakara  était le visage de la lutte contre l’impérialisme ; Patrice Lumumba était entouré par des hommes et des femmes plus instruits que lui , mais il a incarné la lutte pour l’indépendance du Congo-Belge ; Nelson Mandela était un jeune militant de l’ANC et les circonstances ont fait de lui la figure tutélaire de la lutte contre l’Apartheid. Chez nous , au Gabon, Germain Mba était un jeune leader charismatique , Joseph Rendjambe , Maitre Pierre-Louis Angondjo, Pierre Mamboundou , André Mba Obame ont incarné chacun à son époque le visage de la lutte pour un Gabon nouveau. Emprisonnés , terrorisés , torturés , intimidés , tous ces leaders ont fait preuve d’un exceptionnel détachement pour affronter l’oppresseur. Ils étaient respectés et suivis parce qu’ils avaient placé le but au-dessus de leur propre confort. Vous connaissez parfaitement la dramatique histoire des hommes et des femmes qui ont osé dire NON au système Bongo. Notre pays est dans une situation dramatique , et nous croyons que c’est à cause du totalitarisme du régime en place que certains parmi vous ont décidé de rejoindre l’opposition radicale. Si hier , le peuple a pleuré André MBA Obame , c’est qu’il a pu pardonner à chacun d’entre vous. Si le peuple a pu pardonner à Casimir Oye Mba son retrait de la course en 2009, c’est qu’il peut pardonner à Jean Ping qui a fait le tour du Gabon pour aller à la rencontre de ses concitoyens. Si le peuple a pu pardonner à Raymond Ndond Sima qui est comptable du durcissement du régime d’Ali Bongo , alors il peut pardonner à Guy Nzouba Ndama qui a fait d’Ali Bongo Ondimba le petit monarque qu’il est devenu. Le fait d’avoir quitter le navire avant son naufrage vous a valu des injures en tout genre de la part de ces gabonais qui ont vendu la honte au chien. Confucius , le sage chinois , nous enseigne que “Lorsque tu fais quelque choses , sache que tu auras contre toi ceux qui voudraient faire la même chose , ceux qui voulaient le contraire et l’immense majorité de ceux qui ne voulaient rien faire” . Vous l’avez fait et vous pouvez en être fiers ; mais ce n’est pas tout que  d’avoir quitter le PDG. Aidez-nous à construire un avenir meilleur pour notre beau pays; le peuple gabonais a besoin des hommes et des femmes qui sachent agir pour accomplir des choses inédites.

Chers ainés , Pères , Mères, chers compatriotes,

Abraham Lincoln a déclaré que ” si vous cherchez le mal parmi les hommes , vous le trouverez ; si vous cherchez le bien , vous le trouverez aussi”. Le mal est désormais parmi nous, il a un nom , il agit avec cynisme et tente de détruire tout ce à quoi nous croyions, il tue tout ce qui nous rendait fiers d’être gabonais. Notre unité citoyenne construite avec douleur est aujourd’hui fissurée par un pouvoir qui tire sa légitimité dans le fétichisme et la barbarie. Notre Constitution est violée avec la complicité de ces juristes avides de postes et d’espèces sonnantes et trébuchantes; les rapports avec nos frères et nos sœurs africains sont de plus en plus tendus à cause de la voracité d’un seul individu qui régente par les sentiments la première institution de la République; nos amis nous tournent le dos parce que le crédit du Gabon est dégradé . En tant que pays, nous ne pouvons affirmer notre indépendance et clamer notre souveraineté si nous ne pouvons pas reprendre en main notre propre destinée. C’est pourquoi , nous devons agir en conséquence , mobilisant nos intelligences et en multipliant nos efforts pour riposter à toutes les formes de violences faites au peuple gabonais. Ce peuple veut croire en vous , il attend que vous agissiez enfin en Hommes de bien. Agir en Hommes de bien c’est vous affranchir de vos égos, c’est prendre part au projet patriotique qui consiste à faire du Gabon un pays démocratique dans l’unité et la concorde. Nous le savons tous, Maitre Mayila nous le rappelle souvent, “Suivre Ali Bongo Ondimba c’est tuer le Gabon”. Aussi, Il est plus que temps de définir les vrais objectifs de sauvegarde de la Nation, un objectif correctement défini est à moitié atteint.

Si votre objectif est la disqualification de la candidature de Monsieur Ali Bongo Ondimba , il est primordial de mesurer nos forces et nos faiblesses afin d’éveiller en notre peuple la détermination indispensable à la matérialisation de ce but; ” le but n’est pas tout. Chaque pas vers le but est un but. Ce sont les petits buts qui font le but” disait Confucius. Le peuple gabonais est prêt dans sa majorité, il ne veut plus de la candidature d’Ali Bongo. Il ne faut pas être agrégé des Facultés de Droit pour comprendre que la candidature d’Ali Bongo tombe sous le coup de l’article de 10 de la Constitution. Un candidat qui présente deux actes de naissance signés par la même autorité avec des mentions différentes est un fraudeur. Ali Bongo n’est pas gabonais, il n’a jamais eu d’acte de naissance. Contrairement à ce que soutiennent ses avocats, la charge de la preuve incombe à celui dont la nationalité gabonaise est contestée. L’article 42 du Code de la Nationalité n’a pas été écrit par un pouvoir hostile à Ali Bongo; tout comme l’article 10 de la Constitution. L’article 42 du Code de la Nationalité est dérogatoire au droit commun de la preuve , il contient les seules dispositions légales applicables en l’espèce. Tant que le sieur Ali Bongo n’aura pas prouver qu’il est né gabonais de père ou de mère il sera considéré par tous les gabonais comme un petit fraudeur pris la main dans le sac, nonobstant les arguties juridiques de Maitre Tony Serge Minko Mi Ndong.

Par ailleurs, si l’objectif est d’aller aux élections avec Monsieur Ali Bongo Ondimba et donc de gagner ces élections comme le suggère la communauté internationale , il est impératif d’organiser la riposte citoyenne afin de se prémunir d’un inévitable coup d’Etat électoral, il faut donc organiser le peuple dans ce but. Mieux vaut allumer une bougie que maudire les ténèbres.  Ce n’est un secret pour personne Ali Bongo Ondimba , même en distribuant toute sa fortune aux jeunes désœuvrés ne peut pas gagner une élection présidentielle au Gabon , d’autant plus que les dirigeants français reconnaissent qu’en 2009, il n’a pas été élu comme on l’entend.

En conséquence , lorsque les buts seront clairement définis et acceptés par tous , chaque portion du peuple gabonais pourra enfin jouer sa partition, chacun trouvera un petit but à accomplir et contribuera à la réalisation du but ultime qui est de chasser Ali Bongo Ondimba du pouvoir. Nous osons croire que cette fois, votre amour pour la mère Patrie prendra le dessus sur votre amour du pouvoir.

Nous nous engageons dans cette lutte non pas pour servir de paillasson à un Leader politique mais pour obtenir l’indépendance réelle , (c’est-à-dire l’affranchissement de l’homme dominé de la domination du maître). Selon l’écrivain anglais Mill, John Stuart, “le seul test pour savoir si un peuple est apte à se doter d’institutions populaires et indépendantes, c’est le fait que ce peuple, ou une portion suffisante de ce peuple, soit capable de triompher dans la lutte et soit prêt à braver la peine et le danger pour sa libération. Si un peuple n’a pas de la liberté un amour suffisant pour être lui-même capable de l’arracher à ses oppresseurs, la liberté qui lui sera octroyé par des mains étrangères n’aura rien de réel ni de permanent. ” Nous sommes convaincus que le peuple gabonais brule d’amour pour la liberté , des jeunes sont prêts pour l’assaut final , ils attendent ce grand jour avec impatience.

Mesdames , Messieurs , Pères et Mères, chers compatriotes,

Posons les actes qui comptent car nous n’avons qu’un pays.

Que Dieu vous bénisse ,
Que Dieu accorde du courage au peuple gabonais ,
Que Dieu bénisse le Gabon.

Persis Lionel ESSONO ONDO


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